[Brésil 2025] COCARIVE : dans les coulisses d’une coopérative


Trois jours dans la région de Mantiqueira, à la rencontre de COCARIVE. Une coopérative installée au cœur d’un terroir vallonné, vert, profond, où la terre ocre et les mains patientes façonnent le café chaque jour. Ici, les producteurs sont chez eux. Ils cultivent leur terre, récoltent à la main, traitent leur café, puis le confient à la coopérative. COCARIVE ne remplace pas leur savoir-faire, elle le soutient. Elle gère toute la partie commerciale, ce que les producteurs n’ont ni le temps, ni les ressources, ni parfois les compétences pour faire seuls. Et dans ce domaine, il faut faire des choix stratégiques : ne pas vendre à trop de concurrents sur un même marché, sous peine que personne ne veuille acheter au final. La coopérative anticipe, positionne, protège les intérêts de ses membres.

Les décisions sont prises avec eux, et les bénéfices leur reviennent. Ce modèle, coopératif dans le fond comme dans la forme, permet un équilibre rare : une grande liberté dans la production, et un vrai accompagnement dans la valorisation.
Ce qu’on a découvert, c’est l’ampleur de ce soutien. Il va bien au-delà de l’export.

Il y a un laboratoire, avec des Q Graders qui goûtent chaque lot. Il y a un accompagnement technique, des concours pour valoriser les cafés, des emprunts possibles pour l’achat de matériel, remboursables non pas en argent, mais en café. Cela évite aux producteurs d’avoir à passer par les banques, de contracter des prêts avec des taux d’intérêt souvent élevés. Ici, la coopérative agit comme un relais, en confiance. Et pour les toutes petites exploitations, il arrive que plusieurs producteurs s’associent pour acheter ensemble une machine. Ils mutualisent les coûts, et chacun l’utilise en fonction de ses besoins. Une autre forme de solidarité, très concrète.

Et il y a l’action sociale. ASCARIVE, une structure dédiée aux producteurs certifiés Fairtrade, leur propose un accompagnement sur mesure : formations, suivi agronomique, aide à la certification, assurance santé dédiée, projets avec les écoles. C’est lourd à mettre en place, mais la coopérative a décidé de le faire, parce que c’est nécessaire.
Tout cela, on l’a compris grâce à Baba.

Baba, c’est une figure de la coopérative. Présent dès notre arrivée, il nous a expliqué le fonctionnement de COCARIVE avec une énergie tranquille, une générosité dans le discours, et beaucoup de clarté. À chaque visite dans les fermes, il saluait les familles par leur prénom, partageait des souvenirs avec eux. Il était chez lui partout, proche de chacun. Et dès le départ, il nous l’a dit : ici, les producteurs ne travaillent pas pour lui, c’est lui qui travaille pour eux. "J’ai plus de 1 000 patrons", a-t-il souri. En réalité, ils sont plus de 1 100 aujourd’hui. On sent chez lui un attachement sincère à ce modèle, et une vraie fierté de voir ce que la coopérative permet aujourd’hui. Grâce à lui, on a saisi la cohérence d’ensemble, ce qui relie les producteurs entre eux, ce qui donne du sens à cette structure collective.

Une affaire de famille
Les trois fermes que nous avons visitées avec COCARIVE partagent quelque chose de précieux : chacune est née d’un héritage. Une terre transmise par une grand‑mère, un arrière‑grand‑père, un parent qui, au début, cultivait un peu de tout : riz, café, ou d’autres cultures selon les saisons. Avec le temps, la passion l’a emporté : peu à peu, ces familles ont dédié toute leur vie au café, s’efforçant d’élever la qualité, de se distinguer grain après grain.
Rancho São Benedito, Sitio da Torre, Familia Afonso. Trois noms différents, trois histoires, mais un même rythme : patience, travail, génération après génération. Aujourd’hui, ces fermes figurent parmi les cafés brésiliens les plus reconnus, non pas par hasard, mais parce que chaque génération y a mis du sien.

À Rancho São Benedito, on est accueillis avec douceur. Le producteur, Marcio, nous sert un café qu’il a torréfié lui-même sur place, à l’ancienne, avec une machine mécanique qu’on tourne à la main. En haut de la plantation, la vue est saisissante : collines couvertes de caféiers, terre ocre, lumière dorée du matin. Le terrain est si vallonné que le séchage du café se fait en haut, avant de tout redescendre en une seule fois pour éviter les allers-retours. En bas, une petite station de traitement post-récolte : trieuse, dépulpeuse, patio de séchage, séchoir... Chaque étape est maîtrisée, et les relations de confiance entre le producteur et les travailleurs sont palpables. On sent une vraie complicité, un respect mutuel, une proximité presque familiale. Baba est très proche d’eux, on voit qu’il revient souvent.

À Sitio Da Torre, ce sont Alvaro et Gustavo, père et fils, qui nous accueillent. Une ferme fondée en 1880, transmise de main en main, devenue aujourd’hui un petit paradis. C’est si beau qu’ils y ont aménagé quelques chambres pour accueillir des visiteurs. Pas d’irrigation ici : l’altitude, l’ombre naturelle, la richesse du sol suffisent. Tout pousse de manière harmonieuse. Leur café a remporté de nombreux prix, notamment à la Cup of Excellence. L’histoire est simple : au début, ils cultivaient pour leur propre consommation, puis les fils ont compris le potentiel incroyable de leurs terres. Aujourd’hui, ils produisent certains des lots les plus fins de la coopérative.

Chez la Familia Afonso, c’est toute la famille qui est là pour nous accueillir : grands-parents, parents, enfants, bébé dans les bras. Ils avaient prévu un buffet généreux, des bons gâteaux et du café. L’ambiance est chaleureuse, conviviale, sincère. Leur histoire est singulière : partis de presque rien, avec une terre d’abord consacrée au riz, ils se sont agrandis petit à petit, jusqu’à devenir une ferme emblématique. En surplombant la plantation, on voit le père expliquer à son fils ses choix de culture, ses améliorations, ses espoirs pour la récolte à venir. Eux aussi ont reçu les honneurs de la Cup of Excellence, avec la meilleure note jamais atteinte en "natural". Un climat idéal, une altitude parfaite, une maturation lente des cerises... Et surtout, beaucoup de tests, de rigueur, de patience.

Chaque rencontre a été un moment à part. Pas juste une visite, mais un échange. On repart de ces fermes avec le sentiment d’avoir vu quelque chose d’essentiel : un lien fort entre des hommes, une terre, et un produit. Le café ici n’est pas qu’un commerce. C’est une histoire de famille, de transmission, et de passion.


